Le Monde: A Cuba, l’opposition unie pour exiger des réformes

Le Monde: Castro opponents cast off differences in new push for democracy in Cuba

Le Monde: A Cuba, l’opposition unie pour exiger des réformes

En réponse à la restructuration économique entamée par le pouvoir, les dissidents demandent la démocratie.

Par Paulo A. Paranagua (La Havane, envoyé spécial) Publié le 27 juillet 2011 à 14h23 – Mis à jour le 23 juillet 2012 à 08h19

Article paru dans Le Monde daté du 28 juillet 2011

Oswaldo Paya, 59 ans, habite depuis longtemps une maison du Cerro, un quartier assez modeste de La Havane. Dès que le visiteur a franchi le seuil, un portrait du Sacré-Coeur de Jésus proclame la foi du dissident le plus connu de Cuba. Les murs du petit salon exhibent une affiche évoquant le prix Sakharov des droits de l’homme du Parlement européen, qu’il a reçu en 2002, les portraits de ses trois enfants et une photo sur laquelle il porte les caisses contenant les 25 000 signatures recueillies par le projet Varela, qui demandait un référendum sur les réformes démocratiques. La plupart des 75 opposants condamnés en 2003 étaient impliqués dans cette action, la plus massive organisée jusqu’alors par la dissidence.

Sur le trottoir en face de la maison, une immense inscription murale assure que «dans une île assiégée, toute dissidence équivaut à une trahison». «Mes enfants ont grandi dans une ambiance d’agressions et de harcèlement», confie M. Paya, fier de leurs résultats universitaires, qu’il attribue à leur éducation familiale religieuse. «J’ai connu mon épouse en 1986, à la Rencontre nationale ecclésiale cubaine (ENEC), un tournant pour notre Eglise», précise ce dissident démocrate-chrétien. Il y a dix ans, il avait placé sa pétition de référendum, conforme à la Constitution, sous l’invocation de Félix Varela, à la fois père de l’Eglise et patriarche de l’indépendance cubaine.

Aujourd’hui, l’initiative est du côté du gouvernement, engagé dans une vaste restructuration de l’économie. Oswaldo Paya a repris son bâton de pèlerin et a convaincu les principales personnalités de l’opposition de signer une plate-forme commune, diffusée depuis la mi-juillet. «C’est une façon de rappeler que nous sommes là et que nous représentons le vrai changement, explique M. Paya. Raul Castro veut assurer la continuité du groupe au pouvoir depuis cinquante-deux ans. Après avoir géré Cuba comme une ferme privée, les frères Castro la mettent aux enchères comme si c’était un gâteau à partager. Nous ne voulons pas de privatisations ni d’investissements étrangers sans le consentement des citoyens.»

La déclaration signée par les opposants demande des modifications législatives pour assurer les libertés d’expression, d’association, de manifestation et de circulation – à l’intérieur de l’île et à l’étranger -, l’accès aux médias et à Internet, des élections libres à tous les échelons et la convocation d’une Assemblée constituante. «Nous défendons la gratuité de l’éducation et de la santé, ainsi que le respect des logements attribués ou occupés, mais nous revendiquons des droits universels, précise M. Paya. Autrement, les mesures adoptées par le gouvernement aggraveront les inégalités et les risques de confrontation sociale.»

Cet appel à une transition pacifique, par la voie du dialogue entre tous les Cubains, a été souscrit par un spectre d’opposants qui va de la droite libérale, incarnée par Martha Beatriz Roque, à la gauche sociale-démocrate, représentée par Manuel Cuesta Morua, en passant par d’anciens prisonniers politiques, comme Hector Maceda, des Dames en blanc (épouses de détenus), comme Laura Pollan, ou l’activiste Guillermo Fariñas, connu pour ses grèves de la faim.

Les télégrammes diplomatiques américains révélés par WikiLeaks, Le Monde et d’autres journaux montraient que Washington et La Havane sont d’accord sur un point : l’importance accordée aux jeunes blogueurs critiques, au détriment d’une dissidence groupusculaire et atomisée. «Les blogs ne constituent pas un danger pour le pouvoir, car ils ne génèrent pas une alternative politique», soutient M. Cuesta Morua. «Lorsque nous demandons un libre accès pour tous à Internet, nous nous faisons le porte-parole de ceux qui n’ont pas de blogs», ajoute M. Paya.

Le texte de l’opposition fait l’impasse sur l’embargo américain, dont la fin est réclamée par la majorité des signataires, mais pas par tous. «L’embargo divise encore, admet M. Cuesta Morua. L’idée d’apparaître unis autour d’objectifs essentiels est une autocritique pour l’opposition, qui a compris que les circonstances exigent de laisser de côté les vieilles animosités.»

Selon M. Cuesta Morua, les attentes suscitées par les mesures adoptées par Raul Castro proviennent pour l’essentiel de l’étranger. «Les Cubains savent que l’improvisation du gouvernement vise à conserver le pouvoir, assure-t-il. Or Cuba a besoin d’un changement politique, et non d’un simple réajustement économique.»

La déclaration unitaire appelle les gouvernements étrangers, notamment l’Union européenne, à maintenir les contacts avec les dissidents et à assurer la transparence dans leurs relations avec La Havane, pour éviter la corruption et les abus. Après la libération d’une centaine de prisonniers politiques, la France et d’autres pays européens ont coupé les liens avec l’opposition et renoué la coopération bilatérale avec Cuba.

Paulo A. Paranagua (La Havane, envoyé spécial)

Le Monde: Castro opponents cast off differences in new push for democracy in Cuba

http://www.worldcrunch.com/castro-opponents-cast-differences-new-push-democracy-cuba/3531

Efforts by the government to reorganize the island’s economy have sparked renewed opposition demands for serious democratic reforms. Willing for now to overlook their own differences, dissidents have joined forces under a new declaration.

By Paulo A. Paranagua
LE MONDE/Worldcrunch

HAVANA — For many years now, the famous Cuban dissident Oswaldo Paya, 59, has been living in a house in the Cerro neighborhood, a humble district in Havana. Walls in the parlor display a poster referring to the Sakharov Prize for Freedom of Thought, which Paya received in 2002; the portraits of his three children; and a picture of himself carrying the boxes containing the 25,000 signatures collected through the Varela Project. This project began in 1998 and asked for a referendum on democratic reforms in Cuba. Most of the 75 political dissidents who were convicted and sent to jail during the 2003 Black Spring were involved in the Varela Project, the most important dissident campaign to date.

On the sidewalk across the street, words painted on a wall say “on a besieged island, every dissident is a traitor.” Paya admits that his “children grew up surrounded by attacks and harassment,” but he is proud of their school results, something he attributes to their religious family education. “I met my wife in 1986, at the Cuban National Ecclesiastical Church (CNEC), which was a turning point for our Church,” adds this Christian Democrat dissident. Ten years ago he prayed for Felix Varela, leader of both the Cuban Church and of the Cuban independence movement, to bless him and his petition for a referendum.

More than a dozen years after the Varela Project was launched, Paya is once again campaigning, though within in a somewhat different context. Cuba is now being led by Fidel Castro’s brother, Raul, who is looking to reorganize the country’s economy. Pava has convinced the main political figures of the opposition to sign a common declaration demanding say in Raul Castro’s policy decisions. The declaration was launched in mid-July.

A country is not a cake

“This is a way of reminding people that we are here, and that we are the real change,” explains Paya. “Raul Castro wants to make sure that the people who have been running the country for the past 52 years stay. Until now, the Castro brothers have run Cuba like a private farm and now they want to put it up for auction as if it were a cake to be shared. We don’t want to privatize or to have foreign investments without people’s approval.”

The declaration signed by the opponents asks for legislative changes so as to guarantee freedoms of speech, association, protest and movement – both inside the island and abroad. The document also demands access to the media and the Internet, free elections at every political level and the organization of a constitutional convention. As Paya says, “we are defending our free education and a free health-care systems as well as the housing system, but we demand universal human rights. Otherwise, the measures that the government adopted will increase social inequalities and thus increase the risk of a social confrontation.”

Many opponents are in favor of this peaceful transition, via a dialogue among all the Cuban people. Among those involved in the campaign are Martha Beatriz, a conservative, Cuesta Morua, a social-democratic left-winger, and former political prisoners such as Hector Maceda. Other dissidents include members of the Ladies in White group (wives or female relatives of jailed dissidents) such as Laura Pollan, and the political activist Guillermo Fariñas, well-known for his hunger strikes.

Interestingly, the opposition declaration makes no mention of the American embargo against Cuba, which many, but not all who signed the petition, would like the U.S. government to lift. The decision not to include the embargo issue was very much intention, according to Manuel Cuesta Morua. “The embargo is still a point of contention among us,” he says. “The opposition understands that the current circumstances demand that we leave old discrepancies aside.”

Cuesta Morua says there are also differences of opinion – among Cuban dissidents on the one hand, and foreign governments on the other – over the reforms being undertaken by Raul Castro. Some foreign governments are optimistic about the adjustments that are afoot. People in Cuba, in contrast, are much more jaded, insists Cuesta Morua.

“Cuban people know that the government is totally improvising so as to stay in power,” he says. “What Cuba really needs is change, not a simple economic reorganization.”

Read the original article in French

Photo – flippinyank

Esta web utiliza cookies propias para su correcto funcionamiento. Contiene enlaces a sitios web de terceros con políticas de privacidad ajenas que podrás aceptar o no cuando accedas a ellos. Al hacer clic en el botón Aceptar, acepta el uso de estas tecnologías y el procesamiento de tus datos para estos propósitos. Ver Política de cookies
Privacidad